Jeudi 20 mars 2008
4
20
/03
/Mars
/2008
08:06
Actuellement, lorsque vous
arrivez sur le site du chanteur Kent,
une magnifique planète rouge et un bel être bleu à quatre yeux vous accueillent sur un fond sonore avec une petite musique métallique sur laquelle la voix de
Kent
résonne de quelques paroles :
Je
m'ennuie sur la planète rouge
Paraît
que sur la planète bleue
Y'a des animaux qui se bougent
Ils sont divins, ils sont odieux
Ces
quelques mots appartenant au prologue de l'album musical de
Kent
sont bien plus qu'une entrée en matière sidérale. C'est aussi une porte ouverte sur un monde inconnu, le notre.
Car en ces temps qui courent, il est bien venu qu'un oeil extérieur, martien pourquoi pas, viennent nous ouvrir le notre pour nous dire à quel point nous gâchons tout.
Imaginons d'abord à moindre échelle des peuples qui traversent des frontières pour chercher la paix, l'ailleurs, le bonheur. Et maintenant, à des millions de kilomètres, cet être, curieux,
envieux, bleu, qui est prêt à se métamorphoser pour passer la frontière de l'espace temps, le temps d'une virée dans ce qu'il croit aussi être un meilleur ailleurs.
Revenons donc à notre humble petitesse et posons nous la question : puisque vu de l'extérieur on
y vit dans des paysages, à faire rêver le monde entier...
et l'univers voisin, pourquoi cherchons-nous constamment à tout détruire ? Ne sommes nous pas capable de voir la beauté de notre propre planète ? Ne pouvons-nous pas vivre ensemble et
cesser de nous entretuer ?
Notre martien ne s'y trompe
pas ; là où il cherche de la joie, il ne trouve que névrose. L'histoire d'un monde acheminé vers sa décrépitude, pourtant avisé de par le passé, mais dont la mémoire courte ne
se transmet qu'à de simples avatars.
Et il rencontre Jackie qui court après sa vie ; l'autre veut rattraper son fils ; celui-ci a la nostalgie qui lui colle à la peau ; celui-là est marqué du cancer et elle,
l'étudiante, consume sa jeunesse. Il reste peut-être encore George Bailey pour rêver. Mais ça ne suffit pas. La vie n'est pas si belle.
L'homme de Mars regrette son étoile. A quoi bon, la Terre, il nous le dit lui-même :
Aucun
ovni ne vient plus vous voir ici-bas.
Solitude, manque d'amour, la Terre donne et reprend. Elle tente la survivance,
brûlant ses accus
et s'en est trop pour lui ; les lieux de fêtes, ne sont que des lieux d'oublis, alors il reprend la route, rentre chez lui par la voie express. Et de crier :
J'ai
voulu voir la vie en rouge
J'ai
vu des larmes et des peurs bleues
L'humanité
vit dans un bouge
Qui
s'appelait la planète bleue
Cet album de Kent, n'est pas seulement un objet musical,
c'est aussi une bande dessinée à laquelle le chanteur-dessinateur s'est attelé. Mettant en image l'ensemble de ses textes, il leur donne une plus grande dimension encore que leurs
simples rimes déjà très touchantes. De plus, c'est au travers de ces planches incroyablement peaufinées que transparaît aussi son imaginaire emprunt d'influences de tout ordre.
Il serait difficile de tout répertorier, d'autant que seul Kent pourrait infirmer ou valider mes propres divagations mais néanmoins, est-ce
un hasard si notre martien ressemble autant à Klaus Nomi ? (voir la pochette de son 45T Simple Man). Escher est bien représenté avec ses labyrinthes d'escaliers ; Scheeler et ses perspectives urbaines ; l'hommage est rendu aussi aux pulps des années 50
avec deux belles planches couleurs : Comme George Bailey et Mon étudiante ; les références à la science-fiction et à la mythologie martienne, genre que
Kent redécouvre (il évoque dans les
vidéos de son site, l'incontournable Chroniques Martiennes de Bradbury, entre autre), ne sont pas délaissées quand il aborde l'homme de Mars avec
tant de subtilité. Elles sont parsemées ; quelquefois subliminales pour l'auditeur, elles sautent aux yeux du lecteur. Et soudain la fiction rejoint la réalité scientifique avec une superbe
planche représentant l'atterrissage avec airbags et déploiement de la sonde Pathfinder (voir ci-contre).
C'est donc tout çà, l'Homme de Mars de Kent. Une oeuvre profonde, entière. La bande-dessinée est une complémentarité qui s'avère indispensable pour composer cette
oeuvre. En Kent j'ai découvert deux personnes : le chanteur et le dessinateur. Ceux qui le connaissent depuis longtemps me pardonneront de ne pas être très mélomane ou
encline à la BD dite "indépendante" dans laquelle Kent s'exerce périodiquement. Il faut des petits coups de pouce du destin, ici la technologie RSS, pour que de petits
bijoux dévoilés arrivent jusqu'à moi.
En tout cas une chose est sûre, la science-fiction mène à tout y compris à la musique, la poésie, l'art, l'évasion et la réflexion.
"Avec L'HOMME DE MARS, Kent prend à contre-pied l'air du temps, s'envole hors des ornières codées, sur un boulevard aérien large comme un canal de la planète rouge."
Site officiel de Kent
Kent nous fait l'honneur de répondre à une interview autour de la sortie de son album. Rendez-vous donc rapidement sur notre site Erwelyn.com
L'Homme de Mars (2008) Kent Acte Sud BD
Crédits images @ http://kent.artistes.universalmusic.fr/index.php
Par Erwelyn
-
Publié dans : COTE MARTIENNE XX
1