Le souffle de Mars (2001) Christophe Lambert

Publié le par Erwelyn

L'histoire :
Mars, année 2121. La terraformation de la planète a commencé. Le jeune Keith David fait partie d'une petite équipe qui effectue des relevés scientifiques du côté de Chasma Borealis, la plus grande vallée glaciaire du pôle Nord. Mais la navette qui doit venir les reprendre s'écrase à l'atterrissage. De plus, Bradbury Town, la base principale, ne répond plus.

Arrow Ce roman, paru dans l'excellente collection "Autres mondes" chez Mango jeunesse, possède deux parties. La première, qui nous intéresse le plus, est celle qui se consacre aux descriptions martiennes ainsi qu'à celles des conditions physiques, psychologiques et matérielles des premiers colons venus terraformer la planète. La seconde partie, qui lève le mystère sur la ville désertée de Bradbury mélange deux idées, la rébellion et l'intelligence artificielle des robots ainsi que l'éventualité d'une vie martienne annihilant de fait la première idée ; car c'est une entité prisonnière du sol martien, libérée par la présence de l'atmosphère générée, qui s'empare et dirige désormais les robots. Cette orientation de l'histoire est un peu tirée par les cheveux. Il aurait mieux valu qu'il n'y ai pas de vie sur Mars et une réelle mobilisation des robots ; même si Christophe Lambert, en utilisant cette entité, ouvre des perspectives intéressantes mais qui auraient pu être amenées moins maladroitement : les humains sont-ils les descendants de créatures extra-terrestres ?

Mais ce n'est pas grave, tant l'ensemble reste très captivant. Une fois écartée cette fin, en effet, qui ne m'a pas convaincue (cela n'engage que moi), nous pouvons revenir à ce qui représente la plus grande partie du roman et qui est menée avec une délicieuse plume d'amateur d'action, de mystère et d'aventure. N'oublions pas non plus, les nombreuses références littéraires (Bradbury, Kim Stanley Robinson...) et cinématographiques (hommage particulier rendu à John Carpenter).
Ainsi donc, avec les yeux du jeune Keith David, nous  découvrons la mission Burroughs, installée près de la calotte polaire nord, dans la vallée Chasma Borealis. Là, ils sont sept, lui, le stagiaire, cinq scientifiques et un robot, loin de l’unique ville martienne Bradbury Town qui les ravitaille régulièrement. Mais lorsque le pilote chargé de les rapatrier s’écrase avec son vaisseau et que le contact avec la ville est coupé, il n’y a qu’une chose à faire, rejoindre la cité sous dôme pour découvrir ce qu’il s’est passé. C’est donc un très long trajet qui attend l’équipe, d'abord à bord d'un véhicule d'exploration, puis à pied. Un voyage qui nous fait découvrir plusieurs paysages de la planète, les diverses technologies mises à disposition des colons et les différentes étapes de la terraformation.

On se régale donc vraiment, tant le rythme est palpitant. Rien que l'illustration de la couverture par Manchu donne déjà le ton très réaliste et très documenté du roman.

 

Arrow A noter aussi une excellente postface de Catherine Craipeau intitulée Le souffle de la tragédie. Bien que j'imagine que cette postface est été "validée" par Christophe Lambert, je me permets quand même un petit aparté concernant ses digressions numérologiques. Elle ne compte que six personnages, l'entité très lovecraftienne, représentant le septième pour cautionner la relation très biblique des chiffres 6 (666) et 7. Personnellement je préfère en compter 7, incluant le robot Nestor, et voire en cette entité le "8e passager". Puisque Lambert fait de nombreux clins d'oeil cinématographiques, j'aime croire qu'il n'a pas oublié Alien. Je rappelle que parmi les passagers, il y avait un androïde... De plus l'arrivée dans la cité déserte rappelle complètement le deuxième opus de la célèbre trilogie - il y en a eu un quatrième ? ;-) .
 

Descriptions martiennes :

 

Mars : un ciel rouge orangé du à la poussière en suspension. Régulièrement bombardée de météorites. Sans atmosphère, les sons ne se propagent pratiquement pas. En cours de terraformation depuis 2041 soit 80 ans de colonisation.

Martien : Entité ne pouvant exister sans atmosphère ressemblant à un visage humanoïde de trois mètres. Qui pourrait avoir inspiré la "réalisation" du célèbre visage de Mars, sorte de mise en garde à l'égard de cette entité maléfique.

Calotte polaire : millefeuille géant aux strates orangées et reflets bleus. En un temps reculé, elle a pu recouvrir entièrement la planète

Station Burroughs : recyclage de l’eau, de l’air et des déchets, alimentation déshydratée, système OGS (Oxygene Generator Subsystem) qui électrolyse le dioxyde de carbone de l’atmosphère martienne pour le changer en oxygène, mini serre intérieure contenant un potager. Son nom rend hommage à l'écrivain Edgar Rice Burroughs, auteur du cycle de Mars

Bradbury Town : surnommée la Citadelle. Unique citée, bâtie sous dôme par les colons. Compte un millier de personnes. Possède un centre administratif, une école. On y joue au zéro G-Basket. Trottoirs roulants, immeubles, végétation. Ventilateurs géants diffusant brises et senteurs. Nom qui honore la mémoire de Ray Bradbury, auteur des Chroniques martiennes. On note aussi l'avenue principale qui porte le nom de Kim Stanley Robinson (La trilogie martienne) et une rue Arthur Clarke (Les sables de Mars et aussi et surtout 2001, l'odyssée de l'espace).

Terraformation : en réchauffant la planète pour faire fondre la glace et recréer le cycle de l’eau. Centrale principale Gaïa, près de Bradbury Town.

Tenue :. Combinaisons lourdes pressurisées et chauffées, véritables scaphandres, à porter au delà des 80 km d’influence de la station de terraformation ou simples : tenues photovoltaïques (pouvant recycler la transpiration et les déjections en eau) avec respirateurs (groins transparent gris qui filtre le dioxyde de carbone) près de la centrale. Cette dernière combinaison est inspirée de celle portée par les Tremen dans le roman Dune de Frank Herbert.

Nestor : robot à chenilles avec deux bras-pinces. Intelligence limitée. Senseurs optiques.

Paysages : Chasma Borealis : parois étagées en terrasses multicolores, dunes boréales de sable jaune, puis noire, désert de roches volcaniques : obsidienne, silex et grenat,  Vastitas Boréalis

De nombreuses réflexions quant à l’établissement des humains sur Mars et les conséquences de la terraformation  ponctuent le roman :
Avec le programme de terraformation, tous ces paysages vont disparaître les uns après les autres dès que la glace aura commencé à fondre.

Petit extrait parlant de la dépressurisation et rappelant une scène identique de Total Recall :

Sous le brusque flux sanguin, les yeux menaçaient de vous sortir des orbites, votre langue se gonflait, vos oreilles, vos narines se remplissaient de sang, tout comme le reste de vos muqueuses…

 

Invraisemblable mais très poétique :
En inclinant le regard vers l’est, il vit une demi-sphère à l’éclat plus doux et bleuté. La Terre.



Arrow Pour compléter, je vous invite à suivre les liens suivants :
Mars et SF : Interviews de Christophe Lambert et Manchu par Doc Mars à propos du Souffle de Mars et de l'imaginaire martien
Site de Manchu


Le souffle de Mars
 (2001) Christophe Lambert (Mango jeunesse - dès 11 ans)

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Commenter cet article

Doc Mars 20/04/2008 17:45

J'avais oublié de signaler que l'auteur de la couverture est Manchu, talentueux illustrateur SF qui vient d'ouvrir son site ici:
http://www.manchu-sf.com/

Erwelyn 20/04/2008 19:15


J'ai signalé Manchu dans l'article. Merci pour le lien. Je vais le rajouter en bas de l'article pour qu'il soit cliquable.
De plus, je vais faire aussi un renvoi vers les interviews de Christophe Lambert et de Manchu qu'il y a sur ton site.


Doc Mars 20/04/2008 17:40

Le quatriéme opus:
Alien, la résurrection (Alien Resurrection), de Jean-Pierre Jeunet (1997)
Ne parlons pas ici des pitoyables "Aliens vs Predator" I et II.

Erwelyn 20/04/2008 19:14


Merci doc, pour cette précision. En fait c'était de l'humour, j'aurais du mettre un petit ;-)... Alien est la trilogie (j'insiste) qui m'a le plus bouleversée et qui a largement confirmé
mon intérêt pour le genre. Ce quatrième volet, puisqu'il existe, et dieu sait que je le connais, a plein de choses qui me dérangent et cela mériterai sûrement que je m'explique mais ailleurs. J'ai
tendance à l'occulter volontairement.
Quant à Alien vs Prédator I et II, je ne les ai pas vus.