Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

KentKent est à la fois auteur, compositeur, interprète, romancier et dessinateur de BD. Ancien chanteur du groupe Starshooter, il a goûté à diverses sonorités musicales au court de ses 30 années de carrière.
En perpétuelle recherche de renouveau acoustique et visuel, il nous revient avec cet ambitieux concept : un magnifique livre-objet ou « album-concept » véritable innovation dans le marketing actuel.
En effet, ses nouvelles chansons accompagnent une bande dessinée composée de chroniques extraites d'un pulp imaginaire : « Mars Magazine » où les références à la science-fiction, l'art urbain et les réflexions humanistes sont mises en avant. L'ensemble formant une histoire complète et interactive où les mœurs des terriens sont décortiquées par un Martien avide de nous découvrir et qui, après son tour du monde, s'en retournera bien désenchanté vers sa planète rouge.

L'interview

-    Bonjour Kent, Il est très inhabituel de parler de science-fiction à la sortie d'un album musical, et pourtant c'est bien ce que nous allons faire avec toi. On ne peut pas sortir un tel objet, surnommé, par d'autres avant moi, un OVNI, objet qui plus est où la trame et les références sont si riches. Mais d'abord, Kent, parles-nous un peu de ce qui t'as amené à cette belle et inattendue réalisation ?

Tout a commencé par la chanson Planète Mars. Je l'ai écrite simplement, sans me dire que je développerais le thème. Mais ensuite d'autres chansons ont pointé leur nez, jouant sur des mots spatiaux. En général j'essaie de diversifier les thèmes abordés pour un album. Cette fois-ci mon subconscient a été le plus fort. Je me suis laissé porter par cette obsession du moment. C'était surprenant, nouveau pour moi et, du coup, fort excitant.

-    La science-fiction est donc un genre que tu affectionnes, même si tu n'y reviens que périodiquement. Dis-nous, ce que tu y trouves.

Petit déjà, l'aventure spatiale, le monde des étoiles et l'existence de possibles "petits hommes verts" me ravissaient. Adolescent, la littérature de science-fiction a comblé mes rêves d'évasion et ouvert mon imaginaire. J'ai dévoré Van Vogt, Jack Vance, Stephan Wul, Theodore Sturgeon, Ray Bradbury évidemment... et les deux pierres angulaires du genre que sont 1984 et Le meilleur des mondes. Orwell et Huxley ne sont pas précisément des auteurs de SF, mais ils se sont servi du genre pour anticiper de possibles futurs en leur temps. Aujourd'hui leurs futurs sont du domaine du probable.

-    Ton album s'appelle L'homme de Mars. Avais-tu lu la nouvelle éponyme de Guy de Maupassant ?

J'ai lu Les contes fantastiques de Maupassant paru chez Marabout dans les 70's, mais j'avais totalement oublié cette nouvelle. Je l'ai relue ces jours avec grand plaisir.

-    Tu nous contes la visite d'un Martien sur notre monde qui croise l'amour, l'envie, la mort avant de repartir bien désabusé. Sa sensibilité est extrêmement touchante. Son parcours est-il un peu le tien ou seulement le résultat d'un constat à plus grande échelle ? Un aspect de l'humanité que tu cherches à mettre en évidence ?

Oui, je suis derrière mon Martien comme derrière un masque. L'idée d'un personnage fictif est d'ailleurs bien pratique pour autopsier ses propres sentiments. L'amertume et le dépit supportent mal d'être traité de front. On devient vite lourd et pontifiant. Le simple fait de s'extraire de l'Humanité et de s'adresser à elle en tant qu'étranger libère la pensée et les mots. Ce qui est étonnant et rassurant aussi, c'est de se rendre compte à quel point ce sentiment d'exclusion que je ressens face à la globalisation de nos comportements est partagé par bon nombre de personnes.

-    Ton martien a quatre yeux. Sinon il reste parfaitement humanoïde. As-tu cherché longtemps la physionomie idéale de ton personnage ? Tu aurais pu le voir petit et vert... Ah oui c'est du noir et blanc ;-)...

Il a suffi de quelques esquisses. Je l'ai vu avec quatre yeux immédiatement parce que ce double regard n'est pas perceptible tout de suite sur le visage. Il dégage une impression d'étrangeté avant que l'on réalise sa double vision. Et puis, symboliquement, cela signifie qu'il peut nous voir avec plus d'acuité.

-    On sent plusieurs influences : peinture américaine, comics, couvertures de pulps, cinéma, animation. T'es-tu beaucoup documenté pour engendrer une telle fusion des genres artistiques ?

J'aime les couvertures et les illustrations des magazines de SF des 50's et 60's. Le trait des dessinateurs est encore souverain. Ni la photo, ni le cinéma, ni aucune image de synthèse ne l'a encore égalé ou surpassé. De plus, à cette époque, l'astronomie laissait encore beaucoup de champs à l'imaginaire. Les Martiens humanoïdes pouvaient encore exister. C'est pour cela que je me suis inspiré de cette époque. Le Martien d'aujourd'hui, si tant est qu'il y en a, c'est un micro-organisme, du lichen, des bactéries... Pas facile à mettre en scène !

-    Il y a dans le résultat un mélange de SF rétro, d'art urbain, de dadaïsme voire de cubisme, de projection futuriste, d'onirisme et même de fantastique. N'est-ce pas difficile d'allier autant de genres et d'atmosphères différents tout en restant prisonnier d'une trame ?

Je n'ai rien cherché à allier. Je me suis laissé porter par ce que mon subconscient a engrangé et mixé. J'ai fait de la BD, il y a plus de 20 ans. J'ai travaillé à Métal Hurlant et avec Futuropolis. À cette époque, je ne dessinais qu'en noir et blanc. Mes influences étaient Pratt, Gir, Jijé, Milton Canif... Puis j'ai arrêté brutalement la BD pour diverses raisons. J'ai continué à dessiner pour mon plaisir, de temps en temps. Des illustrations à main levée, je me suis mis au pastel, aux crayons de couleur, sans chercher à imiter qui que ce soit. J'ai découvert Franz Maserel, me suis intéressé de près à l'expressionnisme allemand. Tout cela m'a nourri. Lorsque j'ai commencé la partie graphique de L'homme de Mars, j'ai laissé faire ma main et voilà ce que ça donne.

-    Y a-t-il des auteurs, dessinateurs ou/et réalisateurs auxquels tu as voulu rendre particulièrement hommage au travers de clins d'œil dans tes textes ou tes dessins ?

Il y a Bruce Mc Call pour son ironie à projeter en dessin jusqu'à l'absurde l'enthousiasme de l'American Way of Life des 50's. Il y a aussi le Kubrick de 2001 l'Odyssée de l'espace pour son onirisme et sa lenteur. C'est perceptible dans les chansons La Nostalgie de l'avenir et Comme George Baley. Cette chanson est aussi un hommage à La vie est belle de Franck Capra. Un des plus beau film au monde, à mon goût. J'ai beaucoup pensé aussi à Farhenheit 421  de Truffaut, Bienvenue à Gattaca et Alphaville de Godard. L'absence de budget et le parti pris de ces réalisateurs ont donné des œuvres extrêmement poétiques.

-    Si chaque texte est illustré, pourtant quelquefois, le dessin s'éloigne un peu de la trame. As-tu joué volontairement sur la complémentarité CD-BD ? Ou n'est-ce qu'un « dérapage » inconscient, comme pour rattraper des non-dits, des oublis dans tes textes ?

L'art en général est intéressant pour ses non-dits et les interprétations libres qu'il engendre. Mes chansons laissent souvent des portes ouvertes à ceux qui veulent bien les franchir. Je donne l'exemple avec les dessins. Le Kent illustrateur interprète à sa manière le Kent auteur-compositeur. C'est dans les "dérapages inconscients" que se loge la poésie. J'aime beaucoup le télescopage de la réalité et du rêve dans la somnolence, les lapsus, les "coq-à-l'âne".

-    D'un point de vue éditorial, Actes-Sud a relevé le pari. Est-ce que cela a été difficile de les convaincre ? As-tu eu au préalable des refus pour ton projet ?

Pas du tout. Déjà avec AZ-Universal, le label qui distribue mes disques, le projet a bien pris. Ils n'attendaient pas un concept-album orchestral et, de plus, quand j'ai évoqué les dessins, je m'attendais à un refus gêné du genre: "Pauvre homme, il est devenu cinglé!" Ce fut le contraire. AZ m'a encouragé à trouver un éditeur de livres avec qui s'associer. Les éditeurs qui font des livres-disques sont rares. Un ami m'a donné le contact d'Actes-Sud BD. Je suis allé les voir avec les quelques planches que j'avais commencées. Ils ont craqué complètement. Je me suis tout de suite entendu avec eux.

-    Musicalement, il y a aussi un mélange de sonorités et de mélodies intéressantes. Comment as-tu réussi à combiner l'intervention d'un orchestre classique (l'Orchestre de la Radio Magyar à Budapest) avec des partitions qui semblent rappeler par moments des génériques de films ou de séries ?

Cet orchestre travaille beaucoup pour des musiques de film. Ennio Morricone est un de leurs fidèles clients. J'ai travaillé avec Fred Pallem aux arrangements car je savais qu'avec lui, les arrangements tireraient plus vers Lalo Schifrin que Wagner ou John Williams. Je voulais quelque chose de luxuriant et dynamique à la fois. Pas du pompeux.

-    Pour conclure, en plus d'un album audio accompagné d'une BD, tu nous as concocté un véritable opéra rock (ou comédie musicale ; je ne sais comment toi-même, tu le désignerais) Dans le genre science-fiction, on avait déjà Starmania, The Rocky horror Picture Show... Crois-tu qu'un jour nous pourrons voir ton martien monter sur scène ? Ou comme pour The Wall, qu'il devienne un personnage de long-métrage animé ?

J'aimerais beaucoup en faire un dessin animé. Je n'ai jamais touché au genre. J'imagine que c'est un travail de fou qui coûte cher et prend du temps, mais à cœur vaillant, rien d'impossible !

-    Kent, je te remercie pour le temps que tu nous as octroyé et aussi pour ce beau livre-objet  dont nous venons de parler. J'espère qu'il vivra longtemps.

                                        Interview réalisée par Erwelyn pour mon ancien site Erwelyn.com le 10/04/2008


Liens  

Résumé & chronique de
L'Homme de Mars
Retrouvez l'interview "illustrée" de photos inédites sur Erwelyn.com

Site officiel de Kent : pour en voir plus sur Lhomme de Mars : planches, vidéos...

Copyright © Culture Martienne 2008-2013

 

Tag(s) : #INTERVIEW

Partager cet article

Repost 0