Les sables de Mars / The sands of Mars (1951) Arthur C. Clarke

Publié le par Erwelyn

Les sables de Mars / The sands of Mars (1951) Arthur C. ClarkeQuatrième de couverture
La fascination d'un autre monde.

Gibson était sur Mars. Enfin ! Il venait d'atteindre ce qui, pour l'homme antique, n'était qu'une lueur rougeâtre au milieu des étoiles. Ce qui, à peine un siècle plus tôt, ne représentait encore qu'un monde mystérieux et inaccessible mais qui, à présent, était devenu la nouvelle frontière de la race humaine dans l'Univers. Et voici que Mars révélait une chose fabuleuse : ses énigmatiques habitants.  Les Sables de Mars décrit les efforts des pionniers pour établir une présence humaine sur la planète rouge.

Les sables de Mars est un des premiers romans à décrire autant le voyage spatial vers Mars que la vie de la première colonie et leurs idées pour terraformer la planète. Si on lit ce livre après avoir parcouru bon nombre de récits martiens des années 60 à nos jours, on peut le trouver peu original. Son schéma ayant été repris par de nombreux auteurs : départ des astronautes, description de l'habitat et des conditions de vie durant le voyage, monotonie souvent interrompue par une avarie quelconque donnant lieu à une sortie dans l'espace, arrivée sur Mars, exploration, découverte d'une vie ou d'un écosystème martien, dénouement. Si par contre on l'aborde avant tous les autres on reconnaîtra son intérêt à la fois humain, psychologique et martien, évidemment. Et qu'il fasse désormais référence, sans aucun doute.
L'histoire nous est racontée par Gibson, un écrivain de science-fiction, qui après avoir autant extrapolé dans ses récits la planète rouge, est enfin autorisé à rejoindre la colonie humaine qui y est installée depuis quelques années lors de la traversée inaugurale du Liner Arès de la Terre à Mars. Conscient de ses théories farfelues de ses débuts littéraires, il découvre une réalité qui, sans être très romantique, le fascine. Curieux de tout, il s'attache à cette planète, et ce malgré la rudesse de la vie, et décide d'y rester. Sa curiosité va l'amener à découvrir des recherches orchestrées par l'administration en place sur la terraformation mais va aussi le mettre en relation avec une forme de vie martienne inconnue jusqu'à présent.
En parallèle du contexte martien, un élément de sa vie personnelle va surgir durant ce voyage donnant ainsi au récit une touche romanesque et psychologique.
L'idée de Clarke d'amener sur Mars son "double" imaginaire est intéressante. Par le biais de son personnage, il déclare que tout ce qui a pu être écrit avant son voyage n'est que pure imagination et sans fondement. Dès lors que Gibson arrive sur Mars, ce qu'il voit est factuellement et scientifiquement inattaquable. Ainsi, qu'il y ait une végétation ou des marsupiaux sur la planète n'est plus à mettre en doute. Il crédibilise ainsi via son héros sa propre imagination débridée.
De plus il fait référence à un roman de Gibson, Poussière martienne, dans lequel le héros souffre du mal de l'espace. Mal qui atteindra aussi Gibson dans la "réalité". Poussière martienne, sables de Mars, on comprend bien que Clarke, par un pied de nez astucieux va nous raconter une histoire telle que Gibson le ferait lui-même.
On notera parfois des incohérences ou un manque de précisions sur les descriptions martiennes. Mars semble manquer d'eau pourtant on y trouve de nombreuses oasis et visiblement un taux d'humidité assez important pour qu'une végétation s'y déploie.
Reste que la traduction d'André Jager et Jean-Gaston Vandel est malheureusement souvent approximative. On décèle régulièrement des tournures un peu bizarres, sans compter de nombreuses coquilles dans la version de 1955 aux éditions Fleuve Noir. La réédition récente aux éditions Milady dans La trilogie de l'espace qui regroupe trois titres de Clarke dont Les sables de Mars, ne semble pas avoir été revue, étant donné que les deux mêmes traducteurs sont toujours crédités
. Je n’ai pas tout vérifié (je n’ai pas eu le courage). Par contre il y a une intro intéressante d’Arthur C. Clarke.

Descriptions martiennes

Administrations : Filmothèque Centrale Martienne, journal MartianTimes,
Climat : saisons. Froid pouvant atteindre -100 degrés. Vents. "Mauvais temps" très rare.
Crête de l'Arc-en-Ciel : une falaise basse aux alentours de Port-Lowell
Flore : Large ceinture de végétation (l'oxyfère) entre les pôles et les déserts et aux abords des dômes. Des plantes importées de Terre comme les tournesols poussent jusqu'à 3 mètres sous les dômes. Quelques arbres du désert ressemblant à du corail ou à du bois pétrifié.
Fièvre martienne : sorte de malaria à imputer à un organisme terrien importé et qui s'est développer sous un climat martien plus propice.
Lieux cités : Sinus Meridiani, Syrtis Major, Margaretifer Sinus (erreur de traduction, peut-être : en fait Margaritifer Sinus), Xanthe, Hellas, Hesperia (Planum), Aurorea Sinus, Argyre, Mare Erythraeum,
Trivium Charontis, Euphrate (nom donné par Schiaparelli à un de ses canaux martiens, Aetheria
Mars : colonisée depuis les années 70/80. Les responsables luttent pour son autonomie aussi bien vis à vis de la Terre en produisant de plus en plus de choses elle-même que vis à vis des éléments environnementaux : manque d'eau et d'air via un projet secret de terraformation. On voyage vers Saturne en partant de son orbite.
Martiens : marsupiaux herbivores doté d'une intelligence passable : sorte de kangourous grassouillets sans poil avec deux mains minuscules semblables à des serres. Pas de cou, pas de nez. Une bouche triangulaire tel un bec munie de trois chicots. De grandes oreilles presque transparentes se repliant en cornet pour percevoir les sons. Quelques spécimens peuvent être aussi grands qu'un homme sinon ils mesurent moins d'un mètre. Produisent des cris aigus. Deux grands yeux pâles à larges pupilles. Leur peau change de couleur non pas à la façon des caméléons mais plutôt comme les plantes martiennes afin de capter le plus de chaleur possible et d'empêcher sa déperdition par rayonnement. Ils se nourrissent de l'unique plante martienne qui renferme de l'oxygène car l'oxygène avait dû être nécessaire dans un passé lointain à leur survie et ils se sont adaptés en l'obtenant désormais via la flore. Ils se reproduisent annuellement mais le taux de mortalité est très élevé ce qui explique une population très réduite.
Oxyfère "La plante à air" :
Seule végétation martienne : plante tropicale, aux feuilles rugueuses en forme d'algues, comme faites de morceaux de parchemins vert et brillant, mince mais résistant, destiné à capter le plus de lumière solaire possible sans perdre d'humidité. Elle s'auto-féconde. Elle se rabougrie sur elle-même à la nuit tombante. Une variété plus grande (comme des arbres) mais démunies de feuilles se retrouve dans le désert le long des anciens cours d'eau. Elle renferme dans des gousses portées par les feuilles de l'oxygène sous une pression assez élevée dont se nourrissent les marsupiaux martiens.
Paysages
: plaines, aucune montagne, quelques collines et des falaises basses. Déserts de sables et oasis.
Poussière martienne : roman fictif de Martin Gibson ayant pour héros Robin Blake, écrit en 1973 ou 1974.
Références : à H.G. Wells, à Edgar Rice Burroughs : " Si vous tardez plus longtemps, tâchez au moins de ramener une authentique martienne", à
Schiaparelli l'astronome italien.
Ressources : le sable s'avère être de la rouille en poussière contenant plusieurs minéraux intéressants mais aussi de l'oxygène qui en est extrait ainsi que de l'eau au moyen d'une fonte dans de hauts-fourneaux et un traitement adéquate de purification. Le magnésium se trouve dans les vieux fonds marins de Xanthe.
Satellites : Deimos, Phobos, munis chacun d'un radiophare pour orienter les vaisseaux. Phobos à 6000 km de Mars, sert de base intermédiaire depuis la première expédition vers Mars. Elle possède une petite station radio, un observatoire et quelques constructions pressurisées. Deimos : à 20000 km de Mars. Chaos de rocs, de montagnes, pesanteur quasi nulle. Dans le récit, l'Arès est détourné vers Deimos au lieu de Phobos.
Terraformation : l'idée est d'"enflammer" un des deux satellites, Phobos en l'occurrence, pour créer un second soleil qui aiderait l'oxyfère a se démultiplier sur la planète afin de libérer encore plus d'oxygène de la plante et rendre Mars respirable. L'opération prendra néanmoins un bon siècle. Alors on imagine d'accélérer le processus en utilisant les marsupiaux martiens pour en accélérer la reproduction.
Villes : Port-Lowell : première grande ville martienne comprenant six dômes de plastique transparent et un septième de 300m en construction dans lequel sera reconstitué un cycle de pluie. Une partie de la ville est souterraine et compte environ deux mille âmes d'une moyenne d'âge de trente ans. Elle est administrée par un maire. Les habitations sont uniformisées et faites de métal les faisant ressembler à un camp militaire. Les noms des "avenues" sont inspirés par des artères ou des lieux londoniens : Oxford Circus, Marble Arch. Dans le dôme n°1, on y trouve L'administration Générale de Mars, le bureau du maire, le George's, seul bar de la planète, un hôtel de quatre appartements : Le Grand Hôtel Martien mais aussi une usine (dôme n°2), une "ferme" : magasin alimentaire (dôme n°3), un office des transports (dôme n°4). A l'extérieur de la ville, à environ 5km, on trouve un observatoire - le Mont Palomar - aux instruments à l'air libre. Port Schiaparelli "Skia" : dans le Trivium Charontis
Voyage spatial : on relie la Terre à la Station de l'Espace n°1 - 2000 km de sol - , tremplin d'où partent les vaisseaux pour la lune ou les voyages intersidéraux. Le voyage vers Mars se fait à bord de l'Arès, vaisseau en forme d'haltère.

Extrait : "Cette fois, c’en est fait, pensa Gibson. J’ai laissé là-bas toute trace de ma vie passée et de celle de mes ancêtres, en remontant jusqu’au dernier remous de vase au fond du premier océan. Aucun colon, aucun explorateur faisant voile loin de son pays natal n’a jamais abandonné autant de choses derrière lui. En dessous de ces nuages repose toute l’histoire de l’humanité. Je pourrai bientôt éclipser avec mon petit doigt ce qui formait le domaine de l’Homme il y a une génération à peine, et ce que son ingéniosité avait bâti avec le temps."

Flyer promotionnel de l'édition de 1955 des éditions Fleuve Noir

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1951 Les sables de Mars (The sands of Mars) Arthur C. Clarke (dans La trilogie de l'Espace  Milady)
(Côte martienne Like a Star @ heavenLike a Star @ heavenLike a Star @ heaven) (Côte plaisir Côte plaisir Côte plaisir)

Copyright © Culture Martienne 2007-2015

Publié dans COTE MARTIENNE XXX

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Spooky 16/01/2015 22:42


Ah, Arthut C. Clarke ! probablement mon auteur de SF préféré, à cause de Rama... A la lecture de ton compte-rendu, je me dis qu'il doit y avoir dans ce roman, qu'il ne me semble pas avoir lu, une
nouvelle démonstration de sa verve, de sa poésie philosophique, peut-être un peu moins de rigueur scientifique...