Les soucoupes (1954) B.R. Bruss

Publié le par Erwelyn

Les soucoupes (1954) B.R. BrussL'histoire
Les officiels ont beau clamer : « les soucoupes volantes n'existent pas », quand John Clark découvrit dans l'Arizona cet étrange appareil discoïdal, son incrédulité fit place à la stupeur : ces cadavres d'êtres de petite taille ne résultaient pas d'une hallucination ! Le seul survivant agonisait, inquiétant avec sa tête bulbeuse, son corps recouvert de sortes de feuilles, comme un artichaut ! Une fantastique énigme débutait, qui se transformerait en terrible menace pour le genre humain.

icon_arrow.gifS.O.S. Soucoupes : en 1961, durant la guerre froide, une soucoupe volante s'écrase aux Etats-Unis dans l'Arizona. Au même instant, de l'autre côté du rideau de fer, six soucoupes atterrissent sur le sol russe. Leurs occupants, des martiens, prennent contact avec les autorités gouvernementales et scientifiques et leur proposent une alliance pour anéantir le peuple américain. Les experts américains, eux, tentent de percer le mystère de l'objet volant et de ses mystérieux visiteurs à tête de radis. Ils sont avertis des intentions russes par un agent infiltré, lui-même informé par une scientifique soviétique dont il est amoureux, et qui a été mise dans la confidence. Mais se doutant des intentions martiennes qui consistent en une invasion, elle s'enfuit avec l'agent secret et rejoint avec lui l'Amérique. Une bombe H est larguée sur la base martienne qui s'était implantée en Russie.
La suite est racontée dans La guerre des soucoupes. En 1965, après l'anéantissement de leur base terrienne, les martiens reviennent en force exigeant qu'on leur octroie l'Australie pour installer une nouvelle base. Mais les russes et les américains ont entretemps signé des accords de paix durables. Les deux blocs s'associent donc pour lutter contre l'invasion en construisant des écrans protecteurs contre lesquels les soucoupes martiennes n'arrivent à lutter. Ils ont également pris le temps de s'approprier les technologies martiennes, d'en identifier les points faibles et s'en servent contre les envahisseurs ou pour se rendre sur Mars et sauver des prisonniers retenus là-bas.

Les soucoupes (1954) B.R. BrussS.O.S. Soucoupes
constitue le premier volet du dyptique de B.R. Bruss et est le plus intéressant. Cette partie est entièrement axée sur la rencontre avec les martiens et l'appréhension de leur culture soutenue par la richesse des détails physiques, biologiques, technologiques. Outre le premier contact et la mise en place de la communication, certains protagonistes sont envoyés sur Mars pour mieux se voir dévoilés leurs nouveaux alliés. Sur place, moult descriptions viennent enrichir leurs premières découvertes. C'est ainsi toute une population et une organisation qui est mise en avant. Les russes se retrouvent confrontés à une société qui n'est pas sans rappeler la leur. Confortés ainsi dans leur communisme, seuls quelques-uns sauront y voir la menace d'une telle rigueur et faire valoir leur ressenti.
Le roman nous en dit long aussi sur l'histoire qui alliait Mars à la Russie, dans les années 60. Même si le roman est écrit en 54 et "anticipe" un futur proche, la présence d'un satellite appelé Lune-rouge, rappelle que c'est aussi symboliquement la couleur de la planète Mars qui amena dans le passé la Russie à vouloir s'approprier cette planète durant la course aux étoiles. Et même si leurs échecs furent cuisants, ce sont bel et bien les soviétiques qui ouvrirent la voie  vers Mars en 1960 avec leur mission Marsnik. Le rouge illustrant le communisme soviétique, si martiens il y avait, ils ne pouvaient qu'être de même orientation politique. Restait à savoir si cette idéologie devait perdurer.
Ce qui apparait ici c'est que les russes confrontés à leurs propres miroirs reconnaissent leurs erreurs  ("Ni Lénine, ni Staline, ni leurs premiers successeurs, n'auraient songé à une folie pareille") et s'allient aux américains pour lutter contre un système jugé trop rigide. C'est ainsi que s'ouvre le second volet, La guerre des soucoupes. Sur un temps de paix illusoire, les dirigeants sachant que les représailles des martiens ne sauraient tarder. La population, elle, est maintenue dans l'ignorance afin d'éviter toute panique. Ainsi l'attaque de Moscou par de mystérieux agresseurs est annoncée comme une chute de météorites. Mais l'invasion a bel et bien commencé à la manière de La Guerre des mondes. Ce qu'on reprochera à ce second volet, c'est qu'il n'y a jamais d'explications profondes des motivations martiennes. Ils n'ont pas de problèmes de ressources particulières et semblent n'agir que dans le but basique de conquérir plus et encore. Ils détestent les américains pour les avoir observés et n'ont qu'un but (dans le premier volet) : aider les russes à battre les Etats-Unis. Une fois que l'alliance est-ouest s'est formée, on peut supposer que la vengeance et l'invasion totale fait partie de leur plan. Alors pourquoi ne revendiquer que l'Australie. Sans doute cette légèreté scénaristique discrédite ce deuxième tome qui n'est autre qu'une succession de batailles aériennes et de conjectures stratégiques. De l'action, certes mais bien moins captivante que S.O.S Soucoupes.

Descriptions martiennes

Armes : certaines des sphères (voir plus bas : Technologies) ont une utilisation destructrice. Elles peuvent faire jaillir de longues flammes vertes aveuglantes capables de désintégrer totalement l'objet touché avec une distance limite d'action de huit cent mètres. C'est assez peu comparé à une bombe H terrienne mais elles peuvent produire les mêmes effets sans discontinuer pendant huit jours de suite.
Communication/Langage : Leur écriture, apposée sur des sortes de livres aux feuilles argentées, et leur langage, tenant à la fois du gazouillement de l'hirondelle et du murmure d'un petit ruisseau courant entre des cailloux, sont difficilement déchiffrables.
Habit/Equipement
: Leur corps est recouvert d'une combinaison ressemblant à une imbrication de grandes feuilles bleuâtres comme celles d'un artichaut.
Les pieds sont enfermés dans des chaussures métalliques en forme de cube. Un harnachement au reflet de plomb relie, via une ceinture d'où partent des courroies, pieds et épaules. Un système artificiel permet aux martiens de respirer : la tête est enclose dans une  sphère transparente plus solide que du verre et un long tube de métal assez mince, d'où partent plusieurs fils qui vont se perdre sous la combinaison de feuilles, est accroché à une des courroies : les martiens ne peuvent survivre à l'atmosphère terrienne les obligeant à emporter des appareils portatifs d'air conditionné avec eux, hors de leur soucoupe. Des petites sphères métalliques sont suspendues à la ceinture.

Mars : La planète rouge se situe à huit heures de vol de la Terre.  Le ciel était bas, couleur de plomb ; l'air - qui n'était pas de l'air - était chargé de vapeurs jaunâtres. On ne voyait pas le soleil. La lumière était avare. L'air y est constitué de gaz différents de la Terre qui sont nocifs pour les êtres humains.
Martiens
:
Ils naissent d'une racine qui génèrent des bourgeons qui prendront la forme de foetus en grandissant, avant d'être détachés et envoyés durant quatre vingt jours dans un centre pour apprendre à ce mouvoir. La gestation est de cent onze jours martiens. Les souches-mères peuvent se reproduire indéfiniment par le procédé du marcottage. Il suffit de détourner un bourgeon de sa croissance verticale, de l'incurver, et d'enfoncer son extrémité dans le sol, pour qu'aussitôt un rejet se forme, et une nouvelle souche que l'on peut ensuite séparer de la première et transplanter ailleurs. Leur durée de vie est de cinquante ans. Leur organisme, né d'un humus verdâtre, tient donc du végétal et même si on peut les comparer à des navets montés sur pattes à la démarche maladroite, ils n'en n'ont pas moins une force surhumaine. Ils n'ont d'apparence humaine que leur constitution générale : une tête, des bras et des jambes. Ils mesurent un mètre de haut. Leur tête peut être comparée à un gros radis verdâtre du fait de sa forme oblong et d'une touffe ressemblant aux radicelles des poireaux, en guise de cheveux, qui le surmonte.  Cette dernière semble être leur système respiratoire car ils n'ont ni poumons, ni coeur, ni circulation sanguine ; juste un liquide verdâtre inconnu qui circule lentement dans leur organisme. Pas de nez non plus, ni de pommettes, d'arcades sourcilières et de menton. Seulement deux yeux globuleux, morts, inexpressifs, effrayants, sans paupières, d'un vert émeraude. La bouche est minuscule comme celle d'une sangsue. De chaque côté du bulbe de petites excroissances en guise d'oreilles. La peau est verdâtre, légèrement marbrée, parcheminée et très dure. Au bout de leurs bras, il y a un léger renflement d'où partent huit tentacules.  Le torse est cylindrique. Les jambes sont très minces et seuls leurs pieds ont un aspect vraiment humain avec huit orteils juste un peu plus longs que ceux des hommes. Ils ne possèdent pas de squelette. Quant à leur intelligence, scientifique ou non, elle est prodigieuse. Ils ont appris notamment à parler avant même qu'on les détache de la racine originelle. Condescendants, ils n'ont guère de remords et n'hésitent pas à tuer pour arriver à la fin. ("Nous avons même détruit quelques hommes, pour que notre visite restât secrète.") De fait, ils ne rient, ne pleurent, ne souffrent jamais. Ils ignorent la colère, la pitié, la tendresse, l'admiration, la politesse, l'enthousiasme, la peur. Le Grand Martien : C'est une créature extraordinaire. Sa taille est de quatre à cinq mètres et  sans jambes. Le bas de son torse ressemble à un tronc d'arbre enraciné dans l'humus. Il est entouré d'autres "enracinés", son état-major, mais moins grands nés des "rejets" du Grand Martien. Ils vivent entre quatre et cinq siècles et le chef suprême plusieurs milliers d'années encore.
Mode de vie/Alimentation : nourriture d'aspect gélatineuse non absorbable par les humains. Ils dorment les pieds accrochés au plafond, la tête en bas.
Organisation : Mars est dirigée par le Grand Martien, chef suprême. et de cent-onze membres constituant l'état-major. Ils sont en quelque sorte le cerveau de la planète et tous les autres leur obéissent sans jamais discuter. A leur naissance, les martiens reçoivent un numéro en guise de nom et une spécialisation scientifique dont ils ne pourront jusqu'à leur mort se départir. Dans les usines, ce sont des milliers d'ouvriers qui exécutent la même tâche, au même moment. Ils peuvent aussi être affectés aux laboratoires, aux équipes de constructions, aux équipes agricoles, aux mines, aux bureaux etc. A cinquante ans, leurs forcent décroissent. Ils deviennent inutiles à la communauté et sont supprimés. Les cadavres sont broyés, mêlés à la terre. Ils serviront à faire l'humus qui engraisse le sol dans les pouponnières.  La hiérarchie est reconnaissable aux nombres de sphères que portent les martiens à leur ceinture. Une cinquantaine pour le Grand Martien, une dizaine pour l'état-major, deux ou trois pour certains militaires... Leur organisation est régie par l'ordre, la rationalisation et "l'esprit de la ruche" : "Quelle sensation d'ordre, de méthode, de puissance nous donnent ces gens-là. Je suis sûr qu'il n'y a pas, dans ce peuple, la moindre déperdition d'énergie. Ils m'ont l'air d'avoir réalisé l'idéal vers lequel nous tendons [...] Ils peuvent nous servir de modèle." Rien ne vient détourner la rigueur de leur société : pas de couleur, pas d'art, pas de jeux, pas de musique.
Stratégie : Avant de débarquer sur Terre, ils ont pris soin de nous rendre visite discrètement, de voler quelques manuels, d'apprendre notre langage mais aussi l'Histoire de la Terre, des conflits qui s'y déroulent et des meilleures alliance à envisager pour conquérir la planète : "Nous n'avons aucune sympathie pour vos adversaires [les américains] que nous considérons comme des êtres rétrogrades, capricieux, dénués de tout esprit de discipline. Sans nous vous n'arriverez jamais à rien. Avec nous, vous serez rapidement les maîtres de toute la planète." En échange de cette aide, il demande un petit port inter-planétaire pour favoriser les échanges entre les deux planètes ; il s'agit bien évidemment d'un avant-poste pour une invasion bien plus radicale.
Soucoupes : Telles des toupies très aplaties, aux flancs grisâtres et vaguement argentés, leurs soucoupes mesurent 25 m de circonférence, 7 à 8 mètres de haut et sont percées de 3 hublots. et d'une ouverture très étroites (à échelle martienne). A l'intérieur, plusieurs cabines dont une salle de navigation et une salle des machines. La coque est fondue d'une seule pièce dans une matière inconnue. Une lumière orangée diffuse partout dans les différentes salles. Elles sont imperméables à la vitesse annihilant les effets d'accélération et sont pilotées grâce à plusieurs sphères (voir : Technologies). Les martiens possèdent une flotte importante de soucoupes.
Technologies & ressources : Les martiens sont très avancés et leurs outils très perfectionnés. Même si leurs instruments diffèrent par leur forme, on peut rapidement identifier : instruments de mesure, cartographies, microscopes, jumelles, lunettes astronomiques, appareils à prismes ou à la lentille, calculateurs. Ils possèdent la technique des voyages intersidéraux (Voir : Soucoupes) puisque l'on devine par des livres terriens trouvés dans leurs soucoupes, qu'ils sont déjà venus sur Terre pour nous observer. Les objets le plus mystérieux sont des sphères et des sortes d'aiguilles à tricoter ou d'épingles à chapeau portant à leur extrémité une petite boule transparente. Elles sont faites d'un alliage d'acier, de platine et d'arsendium extrait des mines martiennes. Les sphères se déclinent en plusieurs tailles. Très grandes dans la pièce centrale des soucoupes ou plus petites, accrochées à la ceinture de certains martiens quelques fois en nombre, ce qui est une marque de hiérarchie. Elles possèdent des points de sensibilité  et manipulées avec l'aiguille servent de commutateurs ou de condensateurs pour régler une énergie inconnue (que les scientifiques terriens nomment communément martialite), une forme de radiation sans doute, qu'elles ont emmagasinée grâce à des lentilles et dont les utilisations sont très diverses : microphone ("Nous sommes des Martiens. Salut !"), télécommande, propulseur, arme... On trouve dans la ville martienne une gigantesque sphère de trois cents mètres de diamètre dont l'énergie emmagasinée satisfait aux besoins de la planète durant un an d'autant qu'elle est une des seules sphères à être immunisée contre l'effet de "fading" qui vide instantanément l'ensemble des sphères de leur martialite laissant soucoupes et autres objets soudainement sans vie. Le point faible de la technologie martienne. On trouve aussi diverses déclinaisons de ces sphères : dans les salles de navigation des soucoupes, une sphère surmontée d'un long tube rempli d'un liquide coloré en vert permet de savoir à quelle distance le vaisseau est du sol. Le liquide descend lorsqu'il monte et inversement. L'appareil est d'une très grande précision. D'autres, synchronisées entre elles permettent la propulsion et la navigation des soucoupes.
Ville martienne : elle couvre intégralement la zone équatoriale de la planète Mars. Ailleurs ce n'est que du désert. Elle s'étend donc à perte de vue, sur des centaines de kilomètres, coupées çà et là de larges canaux d'un jaune orangé. Elle est constituée de gigantesques immeubles et d'assemblage de cubes empilés les uns sur les autres, sans portes ni fenêtres, sans ouvertures apparentes, tous de la même couleur grise. Les martiens se déplacent dans les airs grâce aux sphères métalliques qui les propulsent (voir : technologies). Il y a des trottoirs roulants dans les rues uniquement pour le transport des marchandises. Au centre de l'agglomération se trouve un lac circulaire d'où partent de nombreux canaux. On trouve des laboratoires scientifiques, des usines, des pouponnières et en dehors des mines.

1954 S.O.S. Soucoupes & La guerre des soucoupes  B.R. Bruss (Coll. Anticipation n°33 & 40)
(Côte martienne Côte martienneCôte martienne
Côte martienne) (Côte plaisir )

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Publié dans COTE MARTIENNE XXX

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Spooky 05/05/2010 10:08


Article sacrément complet, chapeau bas, Erwelyn... Les soucoupes, c'est moyennement mon truc, mais j'ai bien aimé la lecture de ta chronique :)