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1955Martiensgohome.jpgL'histoire
26 mars 1964. Luke Devereaux, trente-sept ans, en cours de divorce et écrivain de science-fiction en mal d'inspiration, s'isole dans une région reculée de Californie pour tenter de remplir ces pages blanches. Alors qu'il se disait intérieurement : "Et si les martiens... ?" on frappe à sa porte, il ne s'attend pas une seconde à découvrir un petit bonhomme vert : un martien ! Ce qu'il ne sait pas encore mais qu'il ne tardera pas à découvrir, c'est qu'au même instant partout dans le monde des milliers, non un million de martiens, enfin un milliard, ont débarqué, plus vicieux, cabochards, effrontés, grossiers les uns que les autres. Alors qu'ils plongent la Terre dans un chaos total, Luke voit ses espoirs d'écrivain renaître. Effectivement, la science-fiction n'est plus au goût du jour (et ça se comprend). Son éditeur lui propose de se lancer dans le western. Mais en écrivain les premières lignes de son nouveau projet, un martien le fait sursauter et... Luke se réveille persuadé que les Martiens n'existent pas (il va jusqu'à occulter leur présence) et considèrent que tout le monde sauf lui est fou. Pendant ce temps d'autres tentent de comprendre les motivations des martiens et de trouver une solution pour les renvoyer chez eux. Et les martiens de se gausser encore plus.

Dès le début, Fredrik Brown nous le dit : la Terre aurait du être préparée à l'invasion. Ce n'est pas comme si Percival Powell n'avait jamais évoqué des canaux de constructions artificielles, ou si H.G. Wells n'avait pas écrit La guerre des mondes. Plus tard un autre Welles, Orson, s'était inspiré du précédent pour une chronique radio des plus alarmantes ! Non, vraiment, l'Homme était prévenu et pourtant il se retrouve impuissant devant cette attaque ! Brown se fait plaisir via ses avatars martiens à démonter tous les systèmes les plus rigoureux possibles : politiques, économiques, financiers, militaires. La crise qu'ils déclenchent est pire que celle de 1929. La guerre froide ? Poubelle. (Derrière le Rideau de Fer, les russes découvrirent bientôt "que les Martiens étaient pires que lesdits capitalistes fauteurs de guerre".) La croissance ? Poubelle. Liberté, libre arbitre, intimité, pudeur ? Poubelle, poubelle, poubelle, poubelle. Tout passe à la trappe quand on est confronté aux petits hommes verts qui prennent de si haut l'espèce humaine qu'ils jugent tellement inférieure à eux.
Si les Gremlins avaient eu la parole claire et le teint émeraude, on aurait pu les croire des descendants directs des martiens. Il faut dire que Brown, non content de mettre à mal l'humanité, le fait avec un humour ravageur. Pas seulement en contrepoids d'un contexte historique mais aussi en opposition à un genre littéraire, la science-fiction, qui se voyait de plus en plus bourrée de clichés principalement extraterrestres. C'est cette vision décapante de l'Envahisseur, de l’Étranger, qui rend ce roman encore très lisible et plaisant de nos jours.
Par contre la partie qui donne la part belle à l'imagination et l'inspiration de l'écrivain, qui nous balade dans un imbroglio de réalité ou de folie m'a un peu moins passionnée. Il n'est d'ailleurs pas impossible que cette partie ai été influencée par la nouvelle de Matheson Avis à la population, parue 1952 et dont les corrélations sont bien trop importantes pour être fortuites.
Qui n'a jamais entendu la fameuse interjection : "Salut, Toto, c'est bien la Terre ici ?" doit impérativement se procurer ce roman incontournable de la culture martienne.

Descriptions martiennes

Culture : musiciens. Possèdent une sorte de fifre qui donne des sons insupportablement aigus.
Hokima : ? Technique d'amélioration du couimage pour le rendre interplanétaire ?
Invasion : leur motivation est l'étude des humains.
Martiens : petits hommes vert-émeraude bisexué. Torse court, membres longs et effilés. Tête grosse, sphérique et chauve. Visage imberbe. Bouche et nez deux fois plus grands que ceux des humains. Langue jaunâtre. Minuscules yeux vifs et petites oreilles sans lobes. Leur vision est extraordinaire similaire aux rayons X. Ils peuvent donc voir au travers des murs, des portes, des objets. Six doigts aux mains et aux pieds. Vêtus d'un ensemble collant et blouse lâche de couleur verte. Leur taille varie de soixante-cinq à quatre-vingt-dix centimètres. Leur consistance est immatérielle. Si l'on cherche à les toucher, on passe au travers d'eux et inversement. Pour cette raison ils ne peuvent absorber aucune nourriture. Leur caractère est condescendant et irrespectueux. Ils ne portent pas de nom et appellent tous les hommes "Toto" et les femmes "Chouquette". Ils ont fait l'objet de beaucoup de spéculations non validées. Aptitude : la linguistique. Ils ont une capacité illimitée pour apprendre tous les langages du monde.
Religion : une de leurs expressions favorites "par Argeth" signifierait qu'ils vouent un culte à une déité du même nom.
Pouvoirs : ils ont le don de couimer. Forme de téléportation mentale qui ne nécessite aucune technologie. Pourrait être assimilé à de la projection astrale bien qu'en fait ce ne puisse être non plus ça car dans ce cas ils ne pourraient émettre de sons. Quand bien même, le couimage serait alors la faculté de rendre visible le corps tangible resté sur Mars. Ils pourraient ainsi couimer facilement et rapidement, ne serait-ce que pour faire des allers-retours vers leur planète pour s'alimenter.
Technologie : on suppose qu'ils en ont à moins que tout passe par le mental. Ils arrivent à capter les ondes radio terriennes de Mars.

Encore plus de descriptions (par ordre alphabétique svp) :

"...acariâtres, arrogants, atrabilaires, barbares, bourrus, contrariants, corrosifs, déplaisants, diaboliques, effrontés, exaspérants, exécrables, féroces, fripons, glapissants, grincheux, grossiers, haïssables, hargneux, hostiles, injurieux, impudents, irascibles, jacasseurs, korriganesques, lassants, malfaisants, malhonnêtes, maussades, nuisibles, odieux, offensants, perfides, pernicieux, pervers, querelleurs, railleurs, revêches, ricanants, sarcastiques, truculents, ubiquistes, ulcérants, vexatoires, wisigothiques, xénophobes et zélés à la tâche de faire vaciller la raison de quiconque entrait en leur contact."


1955 Martiens, go home ! (Martians, go home)  Fredric Brown (Folio)
(Côte martienne Like a Star @ heavenLike a Star @ heavenLike a Star @ heaven) (Côte plaisirCôte plaisir Côte plaisir)

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