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1990voyageversplaneterouge.jpgL’histoire

Au XXIe siècle, la Terre est dirigée par des superconglomérats publicitaires qui ont totalement supplanté les Etats. Dans ce contexte, l’industrie du cinéma s’est remodelée autour d’une Guilde d’acteurs aux règles très strictes qui ne tient plus compte de la capacité à jouer la comédie mais se repose uniquement sur l’héritage des noms. Si vous êtes fils/fille de… vous êtes de la Guilde, sinon il faut bidouiller, chercher dans vos ancêtres des liens improbables avec des personnalités du passé pour espérer au moins être un « composite d’acteur ». Car les stars ne sont plus seulement physiques, elles sont assimilés dans un processus virtuel qui, une fois leur image captée dans suffisamment de situations possibles, les replace dans le contexte souhaité. Et quelque fois, il faut deux acteurs pour créer une Personnalité. Il y a donc un composite Star et quelque fois un composite secondaire. Et toute cette machinerie est dirigée par des groupes puissants, en perpétuelle compétition.
Afin d’assoir sa réputation, un producteur de seconde catégorie décide alors d’engager des frais dans un projet surréaliste. Depuis vingt ans, les projets de voyages habités vers Mars ont été abandonnés. Aucun homme n’a foulé la poussière rouge de la planète. Pourtant, on était à deux doigts. Dans le plus grand secret, toutes les infrastructures avaient bel et bien été construites pour une mission russo-américaine, le Projet Ursula. Tout était prêt, y compris les modules de carburant envoyés sur Mars pour permettre le retour des astronautes. Oui tout était prêt et pourtant ça ne s’est pas fait. Il décide donc de racheter le vaisseau, de monter une équipe (trois scientifiques, un réalisateur nain et deux comédiens) et de les envoyer sur Mars. Son film racontera donc la première mission humaine vers la planète rouge.

 

Plus les connaissances scientifiques sur Mars s’enrichissement moins l’imaginaire prend de la place dans les récits martiens. On trouve surtout des romans de hard-science, pas toujours intéressants (voir la décevante Invasion martienne de McAuley) car particulièrement redondant qui ont pour défaut premier le manque d’originalité. Et quand ils pensent l’avoir trouvée, elle ne s’intègre pas forcément dans le récit comme on voudrait surtout quand il s’agit, dans un cadre réaliste, d’inventer une forme de vie, comme dans Mars blanche de Brian Aldiss où l’intérêt est ailleurs. Là où ces deux auteurs échouent soit dans le fond soit dans la forme, Terry Bisson, lui, arrivent à conjuguer parfaitement aventure loufoque et humour avec un grand réalisme scientifique et une critique acerbe de notre société future.
Si effectivement le postulat de base est peu crédible parce que justement sorti tout droit de la tête d’un auteur farfelu digne héritier d’un Fredrik Brown ou d’un Douglas Adams, on est néanmoins complètement happé par l’originalité du propos.
Le roman est scindé en trois parties : la première qui constitue une bonne moitié du roman élabore le projet et nous fait témoin du voyage spatial. La seconde nous place en orbite et la troisième nous fait enfin atterrir puis nous ramène vers la Terre.
D’abord le vaisseau spatial. Il a été appelé le Mary Poppins. Pourquoi ? Parce qu’il ressemble à un parapluie. Ça ne vous rappelle rien ? Mais si les fameux vaisseaux de
Werhner von Braun que nous évoquions dans notre article Mars & beyond.
Ensuite, même s’il ne se passe pas grand-chose durant le voyage, à part la découverte de deux passagers clandestins dont un à quatre patte qui ressemble à s’y méprendre au chat de Ripley dans Alien, Bisson en profite pour créer des scénettes bien rigolotes tout en jonglant avec la véracité scientifique. Les échanges par exemple avec la base Terrienne sont troublés par le temps de réponse à chaque fois d’une trentaine de minutes se qui rend les conversations plutôt agaçantes. Afin de palier le long trajet de dix-huit mois, les protagonistes sont plongés en hibernation grâce à un sérum, le AH (activateur d’hibernation), extrait du sang d’ours ce qui provoque chez certains sujets (ici c’est la star féminine qui en fait les frais) une croissance inattendue de pilosité. Les passages mettant en scène l’absence de pesanteur sont aussi assez drôles. Lorsque le sérieux reprend le dessus, les séquences hard-science sont finalement assez simples. Une succession de chiffres liés à la pression, à l’accélération ou à la distance qui viennent enrichir le récit car c’est par eux que les notions d’action et de déplacement se rappellent à nous. Tout comme les comptes à rebours ont toujours eu leur place dans les récits spatiaux.

CandorChasma.jpg
Quand enfin le vaisseau arrive en orbite de Mars et que plus tard la navette survolera la planète pour trouver son point d’atterrissage, c’est une autre qualité qu’on reconnaîtra à l’auteur. Si vous êtes passionnés de Mars comme moi ou/et que vous nous lisez régulièrement, vous êtes obligatoirement familiarisés avec les grands sites martiens tels que
Valles Marineris, Olympus Mons, les calottes polaires etc. D’un roman à l’autre les descriptions basées uniquement sur les clichés Viking, Mariner et plus récemment Phoenix manquent cruellement d’originalité. J’ai trouvé des passages chez Terry Bisson fortement poétiques, d’une grande finesse d’observation. Je pense que si je n’avais pas moi-même les images "officielles" en tête j’aurai eu grâce à l’auteur la retranscription exacte de ce que des probables astronautes auraient pu décrire autant par leur émerveillement que par devoir scientifique. Ces passages sont assez courts mais ont une grande portée.
Enfin, Bisson lui aussi y va de sa recherche de vie martienne. Il évite magistralement l’écueil qui consiste à mettre obligatoirement ses personnages face à des martiens. La seule manifestation scientifiquement étonnante réside en une sorte d’argile pouvant reproduire certaines formes. Mais le seul témoignage d’une vie martienne à priori très, très lointaine se traduit par la découverte de ruines au milieu desquelles se dresse une mystérieuse pyramide. Cette dernière, sorte d’artéfact, constitue la mémoire holographique d’une civilisation si ancienne qu’elle pourrait même être encore antérieure à une éventuelle vie martienne. Et là le propos est étonnant car si vous avez vu le film de Ridley Scott, Prometheus, vous conviendrez aisément que la ressemblance des théories est bien trop flagrante pour être due au hasard. Sans doute le réalisateur a-t-il eu entre les mains le roman de Bisson et aura été bien inspiré pour créer ses Ingénieurs. Même si Bisson ne tombe pas dans l’excès métaphysique d'Arhtur C. Clarke, on pense quand même aussi à son 2001 odyssée de l’espace.
Sous couvert donc d’un roman plutôt humoristique, mais scientifiquement suffisamment crédible pour le rendre appréciable, Terry Bisson aura indéniablement ajouté sa pierre à l’édifice d’une culture martienne littéraire qui, à partir du milieu des années 90, commence à s’amenuiser en terme d’imaginaire. Reste à espérer que d’autres (que nous n’avons pas encore lus) lui emboitent le pas pour préserver notre thématique préférée des lectures décevantes.


tharsis.jpgDescriptions martiennes


Civilisation
: des marches creusées dans la roche débouchant dans un amphithéâtre témoignent d’une possible civilisation perdue.
Climat & paysages
: tels que nous les connaissons aujourd’hui. Au fond de Candor Chasma, une étrange brume donnant l’aspect d’un « air collant » remonte des fissures du canyon. Quand la température est basse cet air ce transforme en flocon de neige.
Equipement
: marsandre (combinaison martienne)
Lieux visités ou survolés
:
Valles Marineris : lieu d’atterrissage ; Candor Chasma : une partie des entrelacs de canyons composant Valles Marineris ; le plateau de Tharsis avec ses quatre volcans : Le plus grand : Olympus Mons et les trois petits : Arsia, Ascraeus, et Pavonis Mons : les gouffres labyrinthiques de Candor Chasma et Hebes Chasma ; Candor Mesa ; Argyre Planitia ; Ceranius Tholus
Martiens
: une argile ayant la consistance des champignons capable de reproduire la forme la plus hautement organisée aux alentours : « entre cristal de sel et cellule précaryotique ». S’organise majoritaire sous forme de bougeons plus ou moins grands. Traces d'une civilisation disparue.
Mission
: financée par Hollywood pour filmer la première mission habitée.
Mode
: le voyage aura inspiré une tiare en glace de Phobos synthétique
Satellites
: l’orbite de Phobos abrite le module d’atterrissage pour Mars. Le satellite ressemble à une grosse patate grise et poussiéreuse.

Voyage spatial
: vaisseau parapluie de Von Braun. Déroulé du voyage : De la Terre vers la station orbitale près de la lune. Navette jusqu’au Mary Poppins. Puis les astronautes rejoignent une fusée en orbite de Phobos qui atterrira sur le ventre mais qui redécollera à la verticale. Trente-six mois aller-retour.

1990
Voyage vers la planète rouge (Voyage to the red planet)  Terry Bisson
(Bifrost Etoiles Vives)
(Côte martienne Like a Star @ heavenLike a Star @ heavenLike a Star @ heaven) (Côte plaisir Côte plaisirCôte plaisir)

Copyright © Culture Martienne 2007-2013

Tag(s) : #COTE MARTIENNE XXX

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